Mononucléose: Post-it, peine d’amour et autres maladies de l’âme

Théâtre: Mononucléose
Post-it, peine d’amour et autres maladies de l’âme

Là où l’audace d’un texte de théâtre fait place à la mélancolie, et ce, dans le confort et l’intimité d’un appartement de Montréal.

C’est très bientôt que sera présentée la pièce Mononucléose, un texte d’Alex Trahan (No us, 2013) mis en scène par Patrick R. Lacharité (Ma tête est une ruche, 2015). Entre les quatre murs de leur appartement, ils vous invitent à vous immiscer dans un monde de deuil poétique.

Nous avons eu la chance de scruter un peu cette oeuvre avec les deux créateurs, Patrick R. Lacharité et Alex Trahan. Voici l’entrevue qu’ils nous ont accordée:

 

  • Le texte s’appelle Mononucléose, étant une maladie physique et non mentale à la base, pourquoi ce titre? Est-ce qu’il y a un lien à faire avec les symptômes de celle-ci ?

Alex : Mononucléose est un monologue qui nous plonge dans la détresse, parfois pathétique, d’autres fois sincère, d’un jeune homme qui s’est fait laisser, avec, pour seul vestige de son amour perdu, un post-it jaune flash. Oui, tout à fait, il y a un lien à faire entre cette maladie et l’état dans lequel on se trouve quand on vient de se faire abandonner par l’être aimé. Et plus évocateur encore, on dit de la mononucléose qu’elle est la maladie du baiser ou la maladie des amoureux, puisqu’elle se transmet, le plus souvent, par la salive. Et c’est ce lien entre l’amour et la maladie qui m’intéresse le plus. Après s’être fait laisser, notre personnage a décidé qu’il développait la mononucléose, ou prétendait la développer, et nous le suivons dans sa tentative de se rétablir.

 

  • Outre l’intimité apportée dans le choix de l’endroit des représentations, qui est fort intéressant, si je peux me permettre, pourquoi ne pas avoir choisi une plus petite salle tout simplement? Et pourquoi votre appartement en particulier?

Patrick : Étant un court monologue d’environ 45 minutes, Mononucléose se prête difficilement à une programmation théâtrale. Ça fait déjà quelques mois, pour ne pas dire années, qu’on réfléchit à un lieu, à l’endroit propice pour donner un premier souffle à cette histoire. Nous avons travaillé le texte dans le cadre d’une formation en mise en scène que j’ai suivie à l’automne dernier et depuis, je suis littéralement hanté par celui-ci. Le côté sensible, intime, proche de la confidence, nous a amenés à choisir un lieu permettant une proximité avec les spectateurs.

Alex : Depuis l’été dernier, Patrick et moi, accompagnés de Erika Mathieu, avons fondé La Fratrie, une compagnie de production qui aborde la création comme une famille construite au fil des années et des productions. Dans cet état d’esprit, il nous semble cohérent d’inviter notre public à une première production personnelle comme celle-ci. Le public fait aussi partie de cette famille que nous tentons de bâtir et nous voulons qu’il se sente accueilli jusque dans notre intimité.

‘’ Je crois que ce qui est beau avec ce texte, c’est de voir qu’on a le droit de craquer. ‘’

 

  • Le texte est un monologue d’un jeune homme en peine d’amour. Que croyez-vous que ce texte peut apporter au spectateur? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’histoire?

Alex : Je crois que ce qui est beau avec ce texte, c’est de voir qu’on a le droit de craquer. On est tous sur le bord de la crise de nerfs à certains moments, mais prisonnier de notre société où tout doit aller vite et tous doivent aller bien, on laisse très peu de place à ces moments de détresse et de rétablissement. On publie nos meilleurs moments sur Facebook et parlons, avec une très grande discrétion et une honte inexpliquée, de nos moments de doute et de laideur. C’est un jeune homme en peine d’amour, oui, mais c’est surtout un jeune homme qui n’arrive plus à fonctionner, à avancer, à suivre le rythme, et le temps de quelques minutes, nous avons accès à cet espace de folie, drôle et touchant.

‘’ Les mots se sont couchés sur papier comme un cri du cœur, une façon pour moi de faire la paix avec mes amours passés.’’

 

  • Le langage théâtral berce entre la poésie et la langue plus couramment parlée, est-ce un procédé linguistique souvent exploité dans vos textes ? Avez-vous eu des obstacles lors de l’écriture de ce texte?

Alex : Oui, j’adore le mélange des langues. J’ai l’impression que la poésie doit côtoyer le cru, le parler, le vrai, pour être entendue. L’écriture du texte remonte à quelques années, lorsque j’étais en cours d’autofiction à l’école de théâtre. Les mots se sont couchés sur papier comme un cri du cœur, une façon pour moi de faire la paix avec mes amours passés. Au fil du temps, j’ai retravaillé le texte pour qu’il s’éloigne de mon histoire personnelle et devienne un objet théâtral. Je pense que le plus difficile à faire avec ce genre de textes intimes, c’est de savoir où se trouve la limite entre ce qui peut être montré et ce qui relève du personnel. Le regard de Patrick vient tracer cette ligne claire.

 

  • Parlant d’obstacles, quels sont les nouveaux défis qu’apporte cette mise en scène? Qu’est-ce qui est différent de ce que tu as pu faire auparavant?

Patrick : C’est évident que le rapport aux spectateurs est complètement différent de celui que l’on trouve dans une salle standard, avec plus de spectateurs. Ici, une dizaine de personnes seulement peuvent voir le spectacle, chaque soir. Ça vient extrêmement teinter la direction d’acteur. Le spectateur étant si proche, la justesse du jeu est primordiale. Aussi, avec cette proximité, je ne peux pas approcher l’espace de la même manière. Ça s’apparente davantage à une création in situ. On doit faire des tests et voir ensemble ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

 

  • La pièce est produite par La Fratrie, et comme son nom l’indique, vous voyez plus votre compagnie comme ‘’un rassemblement, une meute, une famille’’ et non seulement comme une compagnie de production. Est-ce que tu crois que le spectateur va sentir qu’il fait partie de votre meute lors de la représentation, qu’il ne fait qu’un avec la pièce et le comédien?

Patrick : Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il ne fait qu’un avec la pièce et le comédien. (rires) Mais, chose certaine, c’est que l’appartement impose une écoute et un lien intime avec ce qui se déroule sous ses yeux. De production en production, La Fratrie voit le travail avec les acteurs et les concepteurs comme des collaborations, plus qu’une hiérarchisation des postes, une famille. C’est ce qui fait la force et la différence de notre compagnie, je crois. Avec Mononucléose, notre choix de présenter un spectacle dans un appartement devient cohérent, parce que oui, d’une certaine manière, on invite le spectateur à faire partie de cette famille, l’instant d’une soirée.

 

  • Quels genres de spectateurs souhaitez-vous aller chercher? À quel genre de public s’adresse la pièce plus particulièrement?

Alex : Je sens que le texte est très ancré dans une préoccupation des jeunes professionnels, donc 20-35 ans. La forme, les références, le mélange entre la poésie, le banal et franc parlé, tout est construit pour un public de notre âge. Toutefois, le rapport à l’amour, à l’intensité, nous amène à penser que ce monologue pourrait trouver sa voix chez les plus jeunes, aussi, disons 16-20 ans. Pour nous, il est difficile d’identifier un public cible, j’ai l’impression que cette pièce s’adresse à tout le monde, à celui ou celle qui désire prendre le temps de s’arrêter un moment et d’écouter notre histoire.

 

  • Combien de représentations va-t-il y avoir, quand, combien de personnes maximum peut-il y avoir et combien est le prix du billet?

Patrick : Les représentations auront lieu les 23-24-25-30-31 mars et le 1re avril 2017, à 20 heures. Comme vous l’avez compris, notre salon ne peut accueillir qu’un petit nombre de personnes à la fois, soit un maximum de 15 personnes par soir. Le billet est d’un petit 10$. D’où l’importance de réserver vos billets d’avance en écrivant au info@productionslafratrie.com

 

  • Comment peut-on contribuer à la compagnie pour vous permettre de continuer à créer?

Alex : En s’intéressant à notre travail! En venant voir nos spectacles, des petites productions comme celle-ci à celles à grand déploiement, en venant à nos évènements comme les Lipsync Battle, en aimant notre page Facebook et éventuellement, en partageant les courts-métrages que nous allons produire. La Fratrie a beaucoup de grands projets à venir et, ce dont nous avons besoin, c’est d’un public à l’affut, fidèle et présent.

 

  • Quels sont vos prochains projets? Avez-vous autre chose de prévu pour 2017-2018?

Patrick : Nous venons tout juste de terminer une résidence de création au Clou, pour la pièce, Abattre, écrite par Alex, destinée à un public adolescent. Aussi, durant l’été 2017, nous entamerons une résidence de création autour des sonnets de Shakespeare, mis en scène par moi-même, qui sera diffusée dans un théâtre dont on ne peut divulguer le nom pour le moment. Nous travaillons aussi sur le développement d’une pièce déambulatoire à flanc de montagne, Les étoiles tomberont, écrite et dirigée par Alex. C’est une création multidisciplinaire (théâtre, danse, cirque) racontant les légendes des constellations célestes. Érika, quant à elle, supervise la section cinéma, court-métrage. Et elle est présentement en processus de scénarisation de notre premier court-métrage sur l’univers de la magie noire qui sera tourné au début de l’été 2017.

 

Je vous invite à faire partie de ce monde le temps d’une soirée ou plusieurs.

Pour l’achat de vos billets : info@productionslafratrie.com

Pièce présentée les 23-24-25-30-31 mars et le 1er avril prochain, à 20h.

Un merci spécial aux artistes, Patrick R. Lacharité et Alex Trahan.

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