L’histoire, le 8 mars et moi.

Au Canada, l’histoire nous dit que le droit de vote a été octroyé aux femmes en 1916. J’ignorais que certaines canadiennes l’avaient eu avant cela et qu’il leur avait été retiré!

L’histoire
Saviez-vous qu’en 1791, l’acte constitutionnel canadien a donné le droit de vote aux propriétaires terriens, y compris les femmes? Rapidement, des voix s’élèvent pour corriger ce que certains disent être « une anomalie historique ». Les propriétaires terriennes vont perdre leur droit de vote en 1849 et finalement le récupérer pour l’ensemble des femmes du Manitoba, de Alberta et de la Saskatchewan, en 1916. Nous avons dû patienter jusqu’en 1940 pour que le droit de vote des femmes soit effectif au Québec.

En 1866, le code civil canadien stipule que la femme est soumise à son mari. Elle est responsable des dettes de ce dernier, mais pas lui des siennes. De cette époque, jusqu’à la révolution tranquille, quand une femme dit « oui », elle perd son nom. C’est ainsi que ma grand-mère a cessé de s’appeler Rolande Gagnon dans la sphère publique pour devenir Madame René Dumas. Et quand, en 1958, ma grand-mère a besoin une intervention chirurgicale, c’est mon grand-père qui signe la fiche de consentement. Elle a le droit de voter, mais son mari a toujours autorité sur elle comme si elle n’était qu’une enfant. Il faut patienter jusqu’en 1964 pour que la capacité juridique des femmes mariées soit reconnue.

Moi
Née en 1979 de parents progressistes, je sens rarement une différence entre mon frère et moi. Parfois, je n’ai pas le droit de faire comme lui. Il est arrivé qu’on m’explique que ce n’est pas toujours pareil pour moi, parce que je suis une fille. Certaines choses sont… différentes (avec raison!).

En 2005, en discutant avec un collègue fraîchement embauché, j’apprends qu’il gagne 5$/h de plus que moi pour le même travail, alors que je cumule 2 ans de plus d’expériences que lui. Je vais demander des explications et exiger un ajustement salarial immédiat. On me répond platement que c’est impossible.

Avec l’arrivée des enfants, je découvre qu’il existe des gens croyant qu’il est « plus naturel pour une fille de changer des couches ». De fait, ils sont relativement nombreux à penser que certaines tâches familiales sont plus naturellement « faites pour les filles ».

Il suffit d’arpenter la Ste-Catherine pour voir une pléiade de filles en déshabillés nous toiser d’un regard invitant. Certaines vendent aux filles des dessous sensés rendre les hommes fous de désir. D’autres proposent aux hommes des alcôves louches pour des « massages thérapeutiques ». C’est drôle que le pendant masculin n’existe pas.

Alors, je lis sur les réseaux sociaux qu’on traite les féministes de « Social Justice Warrior » dont les revendications seraient de « crazy noisy and empty debates ».

Et vous savez quoi? J’ai peur.

J’ai peur, parce que l’histoire est des truffée d’exemples de sociétés où les femmes ont fait des avancées remarquables avant de se voir violemment retournées derrière les fourneaux. J’ai peur, parce que le machisme existe encore, même ici. J’ai peur, parce que le débalancement entre les droits des femmes et ceux des hommes au niveau mondial est ahurissant. J’ai peur, parce qu’il faudrait être fou ou inconscient pour croire que ces libertés chèrement acquises puissent être immuables.

La journée internationale des femmes
Le 8 mars est une journée importante. C’est une journée de manifestations internationales servant à faire le bilan sur la situation des femmes à travers le monde. Au Québec, nous vivons dans une société d’exception. Ici, nous avons le droit de travailler, le droit d’avorter et de divorcer, nous avons le droit d’exister à l’extérieur de l’ombre d’un homme. Nous ne sommes peut-être pas encore l’égal des hommes, mais nous sommes tout de même privilégiées. Ne l’oublions pas.

En ce 8 mars, célébrons nos acquis et ayons une petite pensée pour toutes celles qui, ici comme ailleurs, continuent de se battre pour faire valoir leurs droits.

8mars

Article précédent Article suivant