Lettre à la personne que j’aime

J’aurais bien pu lui écrire une lettre manuscrite et aller la déposer sous sa porte, mais j’ai envie de partager mes premiers efforts de thérapie avec vous, sur ce blogue. Je ne sais pas si la personne concernée prendra le temps de lire tout ça, mais voici ce que je lui aurais écrit. Voici ce que j’ai compris.

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Désolé pour toute la marde. Prend soin de toi. Ceci auront été tes dernières paroles. À ça, je t’ai répondu que, bien sûr, je prendrais soin de moi. Et c’est ce que je fais. Ça fait donc quelques semaines que je consulte et que je travaille fort à déterrer toute cette marde (comme tu dis). Parce qu’on ne se le cachera pas, oui, elle provient peut-être de ta situation (qui aujourd’hui se règle de plus en plus), mais c’est parce que j’ai des problèmes non réglés qu’elle s’est accumulée.

On a commencé à jaser il y a maintenant un an. Ça fait pas si longtemps qu’on se connaît et pourtant, rapidement, on s’est attaché l’un à l’autre. Tu m’en as dit des trucs qui m’ont donné envie de m’engager avec toi:« t’es la femme de ma vie », « si j’avais pu te rencontrer il y a quelques années déjà », « j’ai envie de passer le reste de ma vie avec toi ». « toi, j’te marierais ». Tout ça, j’y ai cru (excepté le mariage, tsé) et vois-tu, j’y crois encore. Parce qu’aujourd’hui, après quelques séances avec ma psy, je suis capable de le dire et d’y croire, tu m’as aimé comme tu as dit que tu m’aimais.

J’ai compris que j’étais une personne qu’on pouvait aimer. Le cheminement a été long depuis la fois où, je ne sais pas si tu t’en souviens, nous venions de faire l’amour, nous étions couchés dans ton lit et je t’ai dit, la larme à l’oeil: « je ne comprends pas pourquoi tu m’aimes ». Pour moi, ça ne pouvait pas être le cas. T’as pas compris pourquoi, mais tu m’as serré dans tes bras le plus fort que tu pouvais. Si je regarde ça aujourd’hui, j’ai des amis qui m’aiment énormément (et dans les dernières semaines, ils me l’ont confirmé à plusieurs reprises). Je crois donc que l’amour que tu avais pour moi, celui qui se manifestait encore lors de notre mini-réveillon de Noël, n’est pas totalement disparu… encore aujourd’hui.

Revenons à un moment précis de notre relation: notre séjour à Québec. Parce qu’on ne se le cachera pas, c’est là que tout a commencé à dérailler (ou du moins, que j’ai commencé à dérailler). Le retour n’a pas été facile. Je t’ai dit que je n’aimais pas les fins de vacances. Est-ce vraiment le cas. Non. Mais à cet instant, je ne te mentais pas. Ce matin-là, ce dernier matin où l’on s’est réveillé dans notre chambre d’hôtel de Sainte-Foy, je le sentais… Tu avais hâte de revenir à Montréal, de retourner voir tes enfants, ils te manquaient (c’est normal, ne te fais pas d’illusion ici). Mais moi, tout ça, ça m’a fait paniqué.

Vois-tu, et on en a déjà un peu parlé, je souffre de la peur de l’abandon. C’est d’ailleurs pour cette raison que je préfère mettre un terme moi-même à mes relations, plutôt que laisser les autres mettre ce terme. Quand on en a parlé, tu m’as dit: « bin non, toi, tu ne souffres pas de ça » pis j’t’ai cru! Était-ce la peur de rencontrer quelqu’un qui souffrait de ça, peut-être. Sache qu’il y a plusieurs degrés à cette peur de l’abandon… pis que ça se travaille si on le veut bien!

J’en viens donc à ma thérapie

Quand j’ai parlé de notre rupture à ma psy, voici les mots que j’ai utilisés: « ça a été plus simple pour lui de me tasser ». Un choix de mots qui l’a rapidement titillé, car j’avais utilisé le même en lui parlant d’un événement de mon passé. D’ailleurs, vois que j’ai utilisé le mot « simple » au lieu de « facile ». Parce que tu le sais, on s’en est déjà parlé. Pour moi, le fait que notre relation n’était pas mis au grand jour, ça me donnait l’impression que ce serait facile pour toi de me crisser là quand bon te semblait! Tu ne comprenais pas. Mais aujourd’hui, avec cette lettre, tu vas peut-être comprendre pourquoi j’avais ce besoin que tout soit statué, de stabiliser, non pas la totalité de ma vie, mais ma relation amoureuse avec toi. Et sache que je ne te fais aucun reproche sur la façon dont tu as voulu vivre notre relation.

Je reviens donc au mot « simple ». Si c’est lui que j’ai choisi, c’est parce qu’aujourd’hui, j’ai compris. Je ne crois pas que ça a été facile pour toi de me « tasser » de ta vie. Je suis pas mal certaine que ce n’est pas ce que tu voulais. Je crois seulement qu’en ce moment, l’espace dans ton coeur, celui que tu avais fait pour moi a été donné en totalité à tes enfants. C’était donc plus simple de me tasser que de tasser tes enfants. Plus simple, plus logique et très compréhensif. Oui, ça l’est. Pis j’ai pas eu le choix d’être compréhensive, parce que quand tu es en couple avec quelqu’un qui a des enfants, tu le sais que tu devras partager son coeur et que ses enfants seront toujours sa priorité numéro 1.

Pis j’étais pas si facile à vivre. Je le vois bien aujourd’hui.

Mais tout ça, ce moment où tu as commencé à m’enlever petit à petit de ton coeur jusqu’au jour où tu m’as complètement tassé, ça m’a ramené à une époque qui ne se voulait pas douloureuse pour moi, mais qui, grosso modo, l’a tellement été que j’en ai effacé la plupart de mes souvenirs pis je suis devenue la fille forte que t’as connu.

Quand on a parlé de séparation, je t’ai dit que ça n’avait pas laissé de traces. Pour vrai, je le croyais. Et je crois toujours qu’une séparation peut ne pas laisser de traces si elle est faite convenablement. J’ai d’ailleurs toujours été très compréhensive face à la décision de ma mère. Si elle n’était pas heureuse avec mon père, pourquoi serait-elle restée? Pour moi? Il n’aurait pas fallu. Parce que même si j’avais eu la chance d’avoir mes deux parents ensemble, j’aurais fini par me sentir coupable de sa vie malheureuse, d’une décision qu’elle a pris juste pour moi, pas pour elle.

Par contre, si je te l’ai dit souvent, après la séparation, qu’il était plus qu’important de faire ça de façon convenable pour les enfants, c’est probablement parce que, sans vraiment m’en rappeler, ça n’a pas été le cas chez moi. Vois-tu, quand ma mère a quitté, elle l’a fait en me laissant derrière, chez mon père, pendant 7 mois. Ce sont 7 longs mois où elle s’est refait une vie, sans moi. Dans son coeur, il y avait quelqu’un d’autre que moi. Pis tout ça, je l’ai appris quand entre nous deux, ça n’allait plus très bien.

Avec tout ça, tu te demandes encore pourquoi la séparation de mes parents, en fait la séparation avec ma mère, a à voir avec mon anxiété vis-à-vis notre relation? Je te le résume en deux événements qui ont rapidement sauté aux yeux de ma psy:

À 6 ans, ma mère, que j’aime, a « tassé » son enfant pour son nouveau chum.
À 32 ans, mon chum, que j’aime, a « tassé » sa nouvelle blonde pour ses enfants.

Vois-tu comment c’est ironique?

Dans les deux cas, bien dans le tien surtout, c’est compréhensible. Ça reste quand même que ce n’est pas facile à accepter… Je suis une personne facilement tassable, même auprès des personnes qui disent l’aimer plus que tout. Et tout ça, j’ai commencé à le sentir (sans le comprendre) dès notre départ de Québec. Ce qui fait que, même si je le voulais plus que tout, que j’ai essayé tant bien que mal, je n’ai pas été capable de simplifier notre relation, de prendre ça au jour le jour, de profiter des courts moments passés ensemble. Je savais ce qui s’en venait pis je le savais, au fond de moi, qu’une partie du problème, c’était moi.

Faque aujourd’hui, en ayant compris tout ça (et plusieurs autres choses que j’ai besoin de processer avant d’en parler), je vais continuer ma thérapie. Parce que si tu comprends le pattern, tu comprends pourquoi je suis une fille qui a beaucoup de difficulté à s’attacher à quelqu’un (ou qui s’attache avec beaucoup d’appréhension). Pis je ne veux pas ça pour le restant de ma vie. J’ai envie d’une relation de couple saine, heureuse et où toutes les parties sont libres de vivre leur vie, leur passion. Comme je t’ai déjà mentionné! Si, un jour, je veux pouvoir me laisser aller pour de bon, sans être anxieuse, je me dois donc de régler certains trucs.

Sache aussi que ma mère, elle ne m’a pas abandonnée pour de bon. Après 7 mois, elle est revenue dans ma vie et aujourd’hui, elle en fait partie plus que tout. Donc oui, tout peut se finir bien. La fille que tu as rencontré il y a un an n’a pas disparu. Elle a juste été enseveli. Un jour, bientôt ou pas bientôt, tu vas réaliser que ton coeur c’t’un muscle et qu’il est assez grand pour accueillir plein d’autres personnes que tes enfants. Pis à ce moment-là, toute ma marde sera pelletée, parce que comme tu me connais, tu le sais que je ne veux pas que ça traîne!

Pis oui, je le sais qu’il y a plein d’autres « poissons » avec qui je pourrais faire ma vie (j’la connais la rengaine), mais si je me suis laissée aller avec toi, et avec aucun autre, c’est parce que je crois fortement que nous sommes faits l’un pour l’autre, que tu devais entrer dans ma vie (et que je devais entrer dans la tienne) pour une raison. Faque, maintenant que je prends soin de moi, à moi de te dire de prendre soin de toi! Tu voulais montrer à tes enfants ce que c’est d’être heureux. J’y crois qu’un jour tu vas y arriver, parce que tu le sais au fond que j’ai toujours cru en toi! Tout comme je crois en moi.

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