Courir

C’est la fin de la journée. Les enfants sont au lit. C’est l’heure où je m’affale sur le sofa du salon et décompresse. Le petit matin, le travail, le souper et la routine du soir me rentrent dedans. L’envie de me fondre dans le canapé est forte.

Ce soir, toutes les raisons sont bonnes : je me sens moche, fatiguée, il pleuvasse dehors et j’ai mangé de la junke food pour souper. Rien pour donner le gout d’affronter l’extérieur. En fait, je n’ai jamais envie de courir avant de partir.

Ne pas y penser. Se faire violence encore un peu. Allez! La musique aux oreilles, je me risque dehors. La chaussée est humide et mon quartier plongé dans une obscurité sans lampadaires.

Les deux premières rues sont un calvaire. J’ai mal à la cheville, mon souffle siffle, je me sens lourde, gauche et ridicule. Non, mais c’était quoi l’idée?!? 

Trois coins de rue. Juste trois. Après, si je me sens encore mal, je fais demi-tour et retourne devant ma télé. C’est toujours comme ça. À date, je n’ai jamais fait demi-tour.

J’attrape un second souffle en quelques foulées.

Just think of a destination
I’ll be your transportation

Encore un peu… Jusqu’au refrain. Continuer à mettre un pied devant l’autre encore quelques pas. Et pourquoi pas une autre chanson?

Run away-ay with me
Lost souls in revelry
Running wild and running free

Avancer toujours, se dépasser encore un peu plus. Croiser l’arbre centenaire et les canards endormis. Contempler la lueur du ciel qui s’éteint et la tour de l’Université de Montréal qui scintille à l’horizon. Se perdre la tête dans la beauté de la nuit qui s’installe.

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One more depending on a prayer
And we all look away
People pretending everywhere
It’s just another day

Se faire confiance, mais surtout se surprendre. Je ne croyais pas apprécier le mauvais temps. L’odeur de la pluie me rappelle les randonnées du secondaire, quand on sortait dehors beau temps, mauvais temps. Finalement, il n’était pas si fou que ça le prof d’éduc…

Éviter une flaque d’eau, défier les voitures, sourire à ce voisin caché sous un imper louche pour promener son chien mouillé.

Je suis la folle qui court. Je cours tous les soirs où mon sofa ne réussit pas à m’avaler. Ne me demandez pas pourquoi je m’acharne, ni comment j’y arrive. C’est un peu absurde. C’est toujours un miracle.

Chaque course est une victoire. Un pas à la fois.

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